Architecte ?

- par Eric Wirth, président du Conseil régional de l’Ordre d’Aquitaine. Transformons nos métiers !

Comme je voulais être architecte, j’ai été étudiant en architecture, et cela a été une des périodes de ma vie la plus enthousiasmante. Quitter une classe préparatoire pour rentrer en formation d’architecture était déjà en soi une raison de se réjouir. Quitter le foyer parental, accéder à la liberté, et profiter pleinement de la vie étudiante ouvraient également des perspectives festives dont il eut été dommage de se priver. Cependant, avec le recul, je me rends compte que la sérénité que j’ai ressentie tout au long de mes études était surtout liée au fait que j’avais conscience, dès le début de mes études, que j’étais en train d’apprendre un savoir-faire plutôt qu’un savoir. Un métier. Et, au-delà, une identité.

Et c’est bien de cela qu’il est question aujourd’hui.

Personnellement, comme d’autres, j’ai eu un diplôme qui venait couronner mes années de formation, et me faisait me sentir, me considérer, Architecte. J’en aurais d’ailleurs presque tutoyé mes enseignants architectes à l’énoncé de l’avis du jury ! J’étais un des leurs.

Tout le monde aujourd’hui a un avis sur la HMONP. Personne n’en conteste le bien-fondé, comme personne ne conteste le fait qu’il faut avant toute chose apprendre, pratiquer et expérimenter l’architecture à l’école. Tout le monde s’accorde aussi sur les pistes d’amélioration de cette HMONP pour que ses moyens soient mis à la disposition de son objectif : la compétence d’une profession au service de l’intérêt public de la création architecturale.

Mais en organisant – assez maladroitement – cette HMONP, nous avons affaibli le diplôme, mais surtout, généré un vrai problème d’identité aux architectes DE, qui ne peuvent dire ce qu’ils sont : architectes.

Aussi, nous devons nous interroger sur notre titre : est-il lié à l’inscription au tableau ? au diplôme ? au métier , c’est à dire la maîtrise d’œuvre

Quel est le sens du mot architecte ? Je suis architecte parce que je bâtis et je conçois ? Ou suis-je architecte parce que j’ai un diplôme d’architecte ?

Faut-il distinguer port du titre et inscription au tableau ?

Ces questions sont un des nombreux chantiers à poursuivre par l’Ordre des Architectes, … et à réussir.

Vive l’architecture.

Eric Wirth, président du Conseil régional de l’Ordre d’Aquitaine

Contribution aux Universités d’été de l’architecture d’après l’éditorial d’Eric Wirth dans le journal 308 de Septembre 2016

Un commentaire au sujet de « Architecte ? »

  1. Jacques ALLIER

    C’est la conséquence de la réforme LMD (Licence-Master-Doctorat) qui a conduit à dispenser un enseignement « universitaire » de l’architecture dans lequel il n’y a ni contrainte financière, ni client… et dont on a exclu toute relation avec le monde réel.
    Or dans la tête du public, un architecte est une personne qui sait construire (en excluant cependant tous sens de cette construction)
    Ce monde réel est seulement approché par l’HMONP en prenant exemple sur ce qui se faisait dans d’autres pays (Les USA par exemple ou cette initiation dure 2 ans). Or 6 mois et une centaine d’heures sont totalement insuffisants pour acquérir la culture et les notions indispensables.
    On a ainsi agrandi le fossé qui séparait déjà le public des architectes français. Ce malaise est aggravé par une quasi absence de formation initiale sur les aspects techniques, de gestion, de management, de communication, ce qui les conduit à être souvent les marionnettes des clients ou des techniciens.
    Si l’on fait un parallèle avec d’autres professions libérales, on peut remarquer que
    – pas un seul avocat ne l’est devenu sans plaider
    – pas un seul expert comptable ne l’est devenu sans avoir établi quelques bilans
    – pas un seul médecin ne l’est devenu sans avoir soigné (et parfois guérir) des patients
    – …
    Un architecte peut très bien l’être sans avoir construit et parfois sans savoir construire. Dans aucune autre profession on ne trouve un écart aussi important entre la formation initiale et l’idée que s’en fait le public. Bien sûr ça s’arrange avec l’expérience, mais à quel prix?
    Dans un monde devenu la complexité même, la plupart des professionnels se sont regroupés pour être plus forts et apporter une réponse à cette complexité. Pendant ce temps, une majorité reste seule et totalement démunie face à cette évolution (qui est loin de représenter un progrès !)

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