Qui sera l’architecte de demain ?

- par Bernard Viret, architecte. Transformons nos métiers !

Le monde de l’architecture est en ébullition depuis quelques mois avec l’arrivée de la loi Macron et de nouvelles pratiques. Des groupes de travail se questionnent sur le devenir de la profession et certains architectes pestent contre la nouvelle concurrence.
Mais rassurons nous, nous ne sommes pas seuls avec les taxis face à cette « uberisation » des métiers restés (trop ?) longtemps figés. Le monde des avocats et des juristes est également en pleine mutation avec l’arrivée de sites qui reconfigurent les prestations pour les rendre simples et abordables par les particuliers et les entrepreneurs. Le Monde en parlait il y a tout juste quelques jours , le sujet est frais.

Notre premier réflexe en architecture a été de protester et de vouloir changer les lois pour rendre obligatoire l’architecte, forcer les particuliers à nous aimer. Même chose chez les taxis et les juristes.
Est-ce la bonne solution ? Avez-vous recommencé à acheter des DVD et des CD depuis la loi Hadopi ? Avez-vous arrêter le téléphone au volant lorsqu’il n’y a pas de contrôle ?
La loi nous permettra de récupérer quelques clients, obligés, malgré eux, d’apprécier nos goûts atypiques et nos tarifs obscurs. Mais la grande majorité trouvera des chemins de traverse.
Plutôt que d’aller contre le concurrent qui nous emportera, pourquoi ne pas aller avec lui et en profiter pour le devancer ?

Nous pensons comme s’il n’existait que les gros promoteurs, les particuliers et les concours publics. Mais le public se privatise, les particuliers s’improvisent architectes et les micro-promoteurs collaboratifs se développent. Qui seront nos clients de demain ? Car c’est à eux qu’il faut penser aujourd’hui.

La solution ne se trouve t-elle pas plutôt au coeur de ce qui devrait constituer notre force ? La relation client, le conseil, la confiance, la communication, l’innovation ? Pourquoi ne pas inventer de nouveaux services à forte valeur ajoutée ? De nouvelles agences en se regroupant ? Ou bien conquérir de nouveaux moyens de communication ? Pourquoi ne pas créer de nouvelles façons de fonctionner, celles de notre temps ?

Ford avait dit « Si j’avais demandé aux gens ce qu’ils voulaient, ils m’auraient répondu des chevaux plus rapides «

L’architecte d’hier construisait des barres et des maisons car telle était la demande. Quels seront les services de l’architecte de demain ? N’est-ce pas là la vraie question du moment ?
Voici quelques idées à étudier, à travailler et à appliquer très vite. Mais surtout des idées à débattre.

La proximité humaine
Le numérique déshumanise alors que de nombreux clients ont envie d’un contact humain pour les rassurer. Profitons de notre vaste réseau, implanté dans toutes les régions au plus près de nos clients.

La technologie
Elle n’a jamais été notre point fort mais elle est indispensable. La question de l’outil numérique qu’il serve à communiquer, travailler ou vendre, est devenue essentielle. Et pour cela il faut penser à la complémentarité. S’associer avec des personnes qui ont cette compétence, de la même façon que nous travaillons avec des BET. Pourquoi ne pas se regrouper entre agences pour mutualiser ces compétences ?

La service-client
Ce n’est pas notre arme fatale de la profession. Mais il faut se rendre compte que c’est maintenant à nous de se lever, de sortir de nos arrières cours et d’aller serrer la main de nos prospects. Créer une réelle relation de confiance, créer une expérience client inoubliable. Si votre client repart heureux et satisfaits alors il reviendra et parlera de vous.
Votre meilleur commercial est votre client – même lorsqu’il est con – ne l’oubliez jamais.
Il est plus que jamais facile de faire mieux dans ce domaine. Une bonne nouvelle.

Le tarif
Nous ne pourrons pas lutter contre des process automatisés qui permettent de baisser les tarifs. Nous aurons du mal à lever des fonds conséquents. Il faut donc au moins chercher à expliquer nos prix, les détailler et les rendre flexibles.

Rendre incontournable l’architecte
Non par la réglementation, mais par la relation de confiance et l’anticipation que l’on peut apporter sur les risques notamment.

La visibilité
Le grand public ne comprend pas bien comment choisir un architecte et c’est bien souvent par réseau ou contact que les clients viennent à nous. Or les nouveaux arrivés sur le marché font tout pour simplifier, clarifier, rassurer, accompagner dans le choix. Il faudrait donc profiter de plateformes de communication telles que Architectes pour tous, Côté Maison, Houzz…pour se faire connaitre et véhiculer nos valeurs.

La coopération
Entre nous mais aussi avec nos clients. Etre transparents sur nos tarifs, notre pratique, nos limites. Mettre à disposition de l’information, impliquer le client. Et surtout, essayer de nous regrouper et d’échanger. Travaillons seuls pourquoi
pas, mais ensemble.

Se concentrer sur des marchés de niche
Nous avons un savoir-faire qu’un plan standard ou un ordinateur n’auront jamais. Autant en profiter pour conquérir de nouveaux territoires : rénovation énergétique, micro-rénovation, optimisation d’espace, sur-mesure.

Bernard Viret, architecte

2 commentaires au sujet de « Qui sera l’architecte de demain ? »

  1. Laurent jannet

    Architecte - Ville > 50.000 habitants - 97400
    En conclusion cessons d’imaginer à l’echelle de la planete, et recroquevillons nous sur les micros marchés, terreau du hors d’oeuvre qui distille une béquée frugale aux architectes auto-entrepreneurs et participe à la paupérisation de notre Art. Les pauvres, ces derniers vont crever la dalle.
    Soyons petit?
    « si tu vois petit, tu restes petit »: X.DURINGER, Ball Trap, ed…..

    L’avenir de notre profession, c’est d’être grand; l’avenir de notre profession, c’est d’être ambitieux, l’avenir de notre profession, c’est d’être des artistes.

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  2. Jacques ALLIER

    Architecte - Ville > 50.000 habitants - 25000
    Voilà un texte porteur d’avenir si l’on veut bien s’extraire quelques instants du quotidien, de ses méthodes et de ses outils.
    Bernard VIRET avance deux faiblesses des architectes: la technologie et le service-client. J »en ajouterai d’autres: l’insuffisance de connaissances techniques, juridiques, comptables, commerciales, managériales… aptes à lui permettre d’imaginer autre chose que ce qu’il est aujourd’hui.
    Mais au fait, de quel architecte parle t-on ? De l’associé d’une agence de 50 personnes ou de l’architecte exerçant seul? A part leur formation initiale, qu’ont-ils en commun? Ils ne partagent ni les mêmes marchés, ni les mêmes clients, ni les mêmes difficultés.
    Si l’on observe les autres professions libérales, médecins, avocats, experts-comptables ont s’aperçoit que tous ont eu tendance à se regrouper ces 20 dernières années pour être plus forts.
    Quel juriste peut aujourd’hui peut prétendre maîtriser le droit des affaires, pénal, administratif, de la famille…
    Quel comptable peut aujourd’hui prétendre maîtriser les aspects comptables, fiscaux, juridiques, sociaux…
    Quel médecin peut aujourd’hui prétendre maîtriser l’ensemble des pathologies tant physiques et psychiques…
    Et l’architecte? Il affirme qu’il a appris à tout faire, de l’aéroport international à l’extension de balcon, il butine à tous les marchés, publics et privés sans s’apercevoir qu’ils obéissent à des lois totalement opposées. Il laisse des secteurs entiers à la concurrence (les locaux industriels, la rénovation…) et s’étonne ensuite d’être de plus en plus marginalisé sans jamais se remettre en cause.
    Le problème n’est pas de voir petit ou grand, il est de voir juste et réaliste, à son niveau.

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