UTILE de légiférer encore pour l’architecture

- par Jacques Hesters, architecte. Transformons nos métiers !

« L’architecture est une expression de la culture (…) l’architecture est d’intérêt public » selon la loi de 1977. Le dispositif de la LCAP va dorénavant appuyer ces deux assertions avec une légitime attente dans ses résultats concernant notamment le permis de faire et le permis d’aménager. Le permis d’aménager pourrait porter un coup au catastrophique aménagement du territoire que nous subissons depuis plusieurs décennies et devrait limiter la dégradation des paysages en zones périurbaines et aux confins des villages français.

Ces mesures attendues ne suffiront toutefois pas pour permettre à offrir à tous nos compatriotes la qualité architecturale incitée ou dictée par la loi sur l’architecture et la LCAP. La France ne fait appel à ses architectes que pour une part très minoritaire de ses constructions. 10% seulement des maisons construites en métropole sont signées par un architecte ;  60% des constructions du pays ne sont pas signées par un architecte. Une grande majorité des immeubles collectifs (que ce soit en accession ou en locatif conduit en VEFA) est réalisée sans que l’architecte et son équipe de maîtrise d’œuvre ait obtenue une mission au-delà de l’établissement du simple dossier de demande de permis de construire. Ces missions incomplètes de maîtrise d’œuvre ne sont pas gage de la qualité architecturale. La qualité d’une architecture ne réside pas seulement dans la conception d’ensemble mais aussi dans le soin apporté aux mises en œuvre et aux détails.

Il faut donc légiférer dans le but d’offrir la qualité architecturale au plus grand nombre. Il faut imposer aux architectes la mission complète de conception et du suivi des travaux pour tout projet impactant l’espace public ; les immeubles neufs ou ceux existants pour leur rénovation thermique dans le cadre de la loi de transition énergétique. L’isolation des bâtiments est un acte délicat qui doit être conduit avec beaucoup de soin et seuls les architectes ont l’expertise et la déontologie pour mener à bien ces programmes accompagnés de bureau d’études thermiciens et environnementalistes.

La question du concours est au cœur de la qualité et se trouve être la seule procédure d’accès à la commande vraiment démocratique. La loi LCAP maintient l’obligation de concours pour les bâtiments publics neufs mais il faut aller plus loin en imposant le concours pour tout projet impactant l’espace public, pour les rénovations de bâtiments publics, les immeubles de logements…etc.

La liberté d’entreprendre et de créer reste une condition inaliénable de nos démocraties, mais trop de laisser-faire ces dernières décennies conduit à une dégradation de notre environnement et de notre patrimoine bâti. Cela est reconnu par tous et l’article d’un hebdomadaire qui titrait « la France moche » a ému nombre de nos élus et compatriotes. La question de l’attrait touristique de notre pays est d’ailleurs engagée. Les exemples à suivre en Europe sont pourtant nombreux, dans l’histoire du 20ème siècle ou plus récemment dans le cadre du développement durable de nos territoires. Citons, par exemple, les cités jardins anglaises, les Siedlungs allemands qui ont proposé une offre diverse en matière de logements, individuels, intermédiaires ou collectifs dans une relative mixité sociale en comparaison de nos grands ensembles français des années 60 ou 70 et de nos lotissements pavillonnaires concomitamment ségrégatifs. Nous devons nous inspirer des pays scandinaves, de la Suisse ou de l’Autriche en matière de constructions rurales contemporaines et durables, dans le respect des paysages et nous devons abandonner le choix fait pour nos constructions agricoles industrialisées et dégradantes puisqu’ affranchies de recours à un architecte jusqu’à 800m² de surface construite (c’est énorme dans le paysage!).

Il faut ainsi légiférer, dans le respect du texte originel de la loi de 1977, pour imposer le recours à un architecte en dessous des seuils actuels pour les pavillons, les constructions commerciales et tertiaires (zones d’activités sans qualité architecturale et urbaine, aggravant les problèmes d’infrastructures et de mobilité) ou pour toute installation agricole.

Les parlementaires doivent tous s’investir de ces sujets à l’instar de certains d’entre eux qui ont milité en faveur de l’architecture dans une loi LCAP qui reste à pare-faire, à soutenir et à compléter dès que possible pour le développement durable harmonieux de notre environnement et notre bien être à tous.

Jacques Hesters, architecte

Un commentaire au sujet de « UTILE de légiférer encore pour l’architecture »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *